Le dernier mot de l'humanité
2022

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Des feuilles de laurier sont en suspension. Arrêtées, leur mouvement naturel vers la terre est artificiellement interrompu. Elles portent toutes un message, un mot brodé de fil de coton : « pardon ». Une demande adressée à la nature qui constituerait le dernier mot de l’humanité, puisque l’utopie c’est la disparition complète et définitive de son espèce.

 

L’humain.e n’est pas fondamentalement dissocié.e de la nature, iel s’y inscrit et en fait partie comme les autres animaux mais par son refus de participer au cycle, iel s’en est éloigné.e, puis déconnecté.e. L’humain.e ne contribue pas au renouveau. Sans prédateur et en bout de chaîne, exploitant les ressources jusqu’à l’épuisement, iel bloque les cycles, la possibilité de régénération, le mouvement. Il s’agit donc d’éliminer ce qui ne fonctionne pas, ce qui bloque le processus, comme si l’on mettait fin à un essai qui n’a pas fonctionné. Une fois les humain.e.s disparu.e.s et l’équilibre retrouvé, l’environnement sera plus riche d’espèces végétales et animales que jamais.

 

Broder est à la fois un acte doux et violent : apaisant et méditatif, il nécessite néanmoins de blesser le support pour le percer et le traverser. Comme lorsqu’il faut faire des points de suture, c’est un geste de soin mais qui requiert de blesser encore plus, de faire mal, d’endurer au nom de la guérison. Comme notre extinction : un moment très dur à passer pour accéder au renouveau.

De plus, la broderie installe un rapport au temps long, c’est donc une technique qui permet de peser le mot que l’on inscrit. La feuille de laurier, qui sert de support au message, est une plante hautement toxique. Elle contient une substance qui, une fois ingérée, se transforme en cyanure et provoque la mort. Même lorsque les feuilles sont sèches.

C’est avec cette essence vénéneuse, une plante commune et répandue, que l’humanité s’excuse d’être son propre poison, puisqu’elle détruit l’environnement dans lequel elle est censée évoluer, l’empêche de s’épanouir, l’immobilise et donc se condamne elle-même.

 

Si cette boîte est archivée, un jour, elle ne contiendra plus rien puisqu’elle est remplie de matériaux qui se décomposent. Il s’agit d’effacer sa propre trace d’artiste et d’humain.e avec une œuvre parlant de l’anéantissement de toustes et donc aussi de soi. Avec une œuvre évoquant moins la nature que de la mort, cette archive témoignera d’une disparition.